Sûreté

La mobilisation internationale après Fukushima

Fukushima et la réaction internationale

La sûreté nucléaire est en soi un sujet international. Même s’il est local par nature, tout accident grave compromet l’avenir de la filière dans le monde. C’est pourquoi l’ensemble des acteurs du nucléaire agissent solidairement pour garantir et faire progresser la sûreté.

Fukushima

Le 11 mars 2011, suite à un séisme et à une série de sept tsunamis, le système de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi exploitée par TEPCO a été endommagé, entraînant d’importants rejets radioactifs et l'évacuation de 160 000 personnes des zones autour de la centrale.

Les gouvernements et les exploitants mondiaux, en particulier EDF, se sont mobilisés pour :

  1. proposer une assistance technique à TEPCO
  2. évaluer et contrôler le niveau de sûreté de leurs installations et de leurs organisations, au regard des situations extrêmes (séisme, inondation).
    1. Au Japon, tous les réacteurs nucléaires sont à l'arrêt depuis septembre 2013. L'autorité de sûreté (NRA, Nuclear Regulation Authority) en place depuis septembre 2012 est rattachée au ministère de l’environnement et affiche son indépendance. Les prescriptions édictées en juillet 2013 comme conditions préalables au redémarrage des réacteurs sont très exigeantes et plus sévères que celles de la NRC1 aux États-Unis pour les réacteurs à eau bouillante, avec en particulier l’exigence d’une ventilation et de filtres pour dépressuriser le bâtiment réacteur en cas d’accident. La durée de fonctionnement des réacteurs existants a été limitée à 40 ans, sauf dérogation
    2. L’institut technologique JANTI est devenu un institut de sûreté, le JANSI qui vise à créer au Japon l’équivalent de l’INPO aux États-Unis. Avec plus de 150 représentants de l’industrie nucléaire, il accompagne les exploitants par des propositions ou des recommandations de sûreté et évalue les sites
    3. 3 000 intervenants travaillent sur le site de Fukushima Daiichi. La décontamination des terres agricoles et des villages de la zone d'exclusion se poursuit. Après couverture complète du réacteur 4, l’évacuation du combustible a débuté fin 2013. Refroidir les trois réacteurs dont le cœur a fondu nécessite des déversements d'eau : le stockage des eaux contaminées et la maîtrise des arrivées d’eau sur le site demeurent une préoccupation majeure. Un mur d’étanchéité a été construit dans les bassins du port pour limiter la contamination des eaux marines

Sauf l'Allemagne et l'Italie, la plupart des pays ont confirmé leurs programmes nucléaires.

Les échanges internationaux se sont succédés pour :

  1. renforcer les engagements des exploitants et la culture de sûreté
  2. exploiter le retour de d'expérience de l'accident
  3. réaliser les modifications nécessaires.

1Nuclear Regulatory Commission (Etats-Unis).

La mobilisation internationale

En Europe, les gouvernements, après un Conseil européen en mars 2011, ont engagé leurs autorités de sûreté respectives à diligenter sur les sites nucléaires, dans les six mois, des stress-tests, appelés évaluations complémentaires de sûreté (ECS) en France.

WANO, Word Association of Nuclear Operators, a prescrit à ses membres en mars 2011 d'évaluer avant mi-mai le niveau de préparation de leurs installations et d'en rendre compte.

  1. Fin 2013, WANO a réalisé une Corporate Peer Review de TEPCO, axée sur la culture de sûreté de l’entreprise et les améliorations apportées par les réformes internes. Les résultats seront présentés en 2014
  2. Le groupe EDF a renforcé sa contribution à WANO, présidé depuis 2013 par le Français Jacques Regaldo
  3. Lors de son congrès de Moscou en avril 2013, WANO a confirmé les engagements pris à Shenzen en octobre 2011 pour renforcer ses ressources

L'AIEA, Agence internationale de l'énergie atomique, a mandaté, en mai 2011, une mission d'experts au Japon et réuni en juin une conférence ministérielle sur la sûreté nucléaire.

  1. La seconde réunion extraordinaire de la Convention Sûreté nucléaire de l'AIEA a examiné en août 2012 les actions des pays signataires de la convention après l’accident, sur la base du rapport présenté par chaque pays. Elle a débouché sur des engagements précis, comme souhaité par Henri Proglio qui a souligné l’engagement du groupe EDF aux côtés de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) pour faire avancer la sûreté dans le monde, avec comme principe premier la nécessité de tout faire pour éviter qu’un accident grave ne contamine des territoires importants sur le long terme
  2. 2 missions d'experts de l'AIEA à Fukushima Daiichi en avril et novembre 2013 (gestion des eaux contaminées, démantèlement)
Annonces des pays au sujet de la production d'électricité d'origine nucléaire
Capacité (GW)
Union Européenne 127 Plans annoncés pour soumettre à des stress-tests les 143 centrales réparties dans les pays de l'UE
États-Unis 106 Continuent de soutenir l’énergie nucléaire tout en soulignant que la sécurité est l’enjeu primordial
France 66 Continue de soutenir l’énergie nucléaire tout en étant soumise aux stress-tests de l’Union Européenne, et cherche à augmenter la part des énergies renouvelables
Japon* 46 A annoncé un examen de son plan nucléaire pour fixer la part d’électricité produite à partir du nucléaire à 53 % d’ici 2030
Russie 24 A confirmé sa prévision de doubler sa capacité nucléaire d’ici 2020 et entreprend un examen complet de sécurité
Corée 19 A confirmé son intention de poursuivre l’expansion de l’industrie nucléaire et de conduire des examens de sécurité
Allemagne** 13 A immédiatement arrêté les réacteurs opérationnels avant 1980 et annoncé que la fermeture de tous les autres réacteurs d’ici 2022, infirmant sa décision prise de 2010 de repousser le plan d’arrêt prévu en 2011
Chine 12 A temporairement suspendu l’approbation de nouveaux réacteurs nucléaires, mais a confirmé le 12e plan quinquennal qui vise à démarrer la construction d’une capacité nucléaire supplémentaire de 40 GW entre 2011 et 2015
Royaume-Uni 11 A affirmé son engagement en faveur de l’énergie nucléaire en annonçant son intention de construire huit nouveaux réacteurs d’ici 2025
Inde 5 A affirmé son intention d’accroître sa capacité nucléaire à 63GW d’ici 2032, tout en contrôlant la sécurité
République Tchèque 4 A affirmé son intention de construire deux nouvelles unités à la centrale nucléaire de Temelin
Suisse 3 A annoncé sa volonté de mettre à l’arrêt ses cinq réacteurs nucléaires d’ici 2034
Turquie 0 A confirmé son intention de lancer la construction du premier des quatre réacteurs planifiés (1,2 GW chacun) d’ici 2018
Italie 0 Le référendum de juin 2011 a imposé l’interdiction de relancer le programme de l’énergie nucléaire
Pologne 0 A confirmé son intention de construire son premier réacteur d’ici 2020
Indonésie
Thaïlande
0 Le référendum de juin 2011 a imposé l’interdiction de relancer le programme de l’énergie nucléaire
Arabie Saoudite
Émirats Arabes Unis
Vietnam
0 Ont confirmé leur intention de construire leur première centrale nucléaire

 

* Intègre la mise à l’arrêt permanente de Fukushima Daiichi 1- 4

** Intègre la suppression de 9 GW de capacité pendant la première moitié de 2011

Source : AIE - World Energy Outlook 2011