Impacts

Nucléaire : la gestion des déchets et la déconstruction

Les déconstructions en cours

En France, EDF assume l’entière responsabilité, financière et technique, de la déconstruction de ses centrales. D'importantes provisions ont été constituées.

Une structure dédiée, le CIDEN

Le Centre d’ingénierie de déconstruction et environnement (CIDEN) assure les études et la réalisation des déconstructions. L’objectif d’EDF est plutôt de conserver une vocation industrielle à ces sites pour y reconstruire éventuellement de nouvelles unités de production.Des études sont menées pour déterminer les procédés de déconstruction assurant la maîtrise des impacts environnementaux et la radioprotection.

Des diagnostics réguliers permettent d’analyser et de dresser la carte de l’état radiologique et chimique des sites (sol et nappe) et de leur environnement (faune, flore, culture et élevage). Ce bilan est mis à jour à chaque phase de la déconstruction et prend en compte l’évolution de l’environnement pendant la durée du chantier. Il précise l’état radiologique de chaque structure avant son démontage.

Des scénarii de déconstruction sont étudiés avant les travaux avec une évaluation des impacts de chaque scénario :

  1. rejets radioactifs et chimiques
  2. nuisances associées aux travaux
  3. bilan dosimétrique pour les salariés sur le chantier.

Les rejets radioactifs et chimiques font l’objet d’études d’impact (fonctionnement normal) et de risque (situation incidentelle). En fonction de ces estimations, des dispositions sont prises pour réduire à la source le volume des rejets: équipements supplémentaires, nouvelles techniques.

  1. Le CIDEN a sollicité en 2013 l’avis du Conseil Développement Durable sur ses pratiques. Les recommandations du Conseil ont porté sur :
  1. l'amélioration de la gestion des dossiers
  2. la chaîne de gestion des déchets et les relations avec l'ANDRA
  3. le seuil de libération
  4. le développement de l'aspect financier des dossiers
  5. le rôle d'EDF vis-à-vis de l'émergence d'une filière industrielle de déconstruction
  6. la communication, considérée comme essentielle

Le CIDEN indiquera au Conseil DD début 2014 les suites données à ses recommandations.

Limiter les impacts pendant la déconstruction

Réduire au maximum les doses de rayonnements ionisants auxquelles les intervenants peuvent être exposés sur les chantiers de déconstruction, des études et des technologies particulières ont été développées (télé-démontage, robotique, etc.) pour les postes de travail les plus exposés.

Éviter toute nuisance due aux chantiers (bruit, risques chimiques, incendies), des dispositions sont prises, dès les études préalables aux opérations de déconstruction (murs, rétentions, choix de procédés, etc.).

La poursuite des chantiers

En France, EDF a engagé, en 2001, la déconstruction intégrale de ses 9 réacteurs définitivement à l’arrêt, sans période d’attente :

  1. 6 réacteurs UNGG (uranium naturel graphite gaz)
  2. le REP (réacteur à eau pressurisée) de Chooz A
  3. le réacteur à eau lourde de Brennilis
  4. le réacteur à neutrons rapides de Creys-Malville.
  1. A Chooz A, après publication en 2007 du décret de démantèlement complet de l'installation, le démantèlement des circuits nucléaires se poursuit avec l'achèvement de la décontamination des deux derniers générateurs de vapeur en 2013
  2. A Brennilis, le chantier des démantèlement a franchi un jalon en 2013 avec la dépose de la première des 16 bouteilles des échangeurs de chaleur. L'administration a estimé fin 2012 que l'instruction de dossier de demande d'autorisation de déconstruction complète ne pouvait être poursuivie en raison de l'interruption des travaux de construction d'ICEDA où doivent être entreposés les déchets à vie longue du site dans l'attente d'un stockage définitif
  3. A Creys-Malville, la vidange du sodium primaire dans la cuve du réacteur s'est achevée et les opérations se poursuivent avec la vidange des rétentions restantes et le traitement du sodium secondaire

Les déchets issus de la déconstruction de ces 9 réacteurs sont estimés à :

  1. 800 000 tonnes de déchets conventionnels (gravats non radioactifs)
  2. 200 000 tonnes de déchets radioactifs, de très faible à moyenne activité dont 2 % de déchets nécessitant la mise à disposition d'un centre de stockage graphite.

En savoir plus :

  1. La carte des centrales nucléaires en déconstruction d'EDF
  2. La déconstruction des centrales nucléaires
  3.  

Une nouvelle installation ICEDA sur le site du Bugey

Dans cette Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés soumise au contrôle de l’ASN, seront conditionnés en colis de béton armé et entreposés, dans l'attente d'un stockage définitif par l'Andra :

  1. 500 tonnes de déchets, hors combustible, issus des 9 réacteurs en cours de déconstruction
  2. certains autres déchets métalliques provenant des réacteurs REP en exploitation.
  1. La radioactivité d’ICEDA sera 120 000 fois inférieure à la radioactivité naturelle en France et 50 000 fois inférieure à la limite réglementaire
  2. Après avis favorable de la Commission d'enquête publique, le préfet de l’Ain a signé le nouveau permis de construire en août 2013. Cet arrêté préfectoral fait l'objet de deux recours contentieux
Trois niveaux de déconstruction selon la typologie de l’AIEA

La typologie de l'AIEA définit trois niveaux de déconstruction.

  1. Niveau 1 : Arrêt de la centrale, déchargement du combustible, vidange des circuits (99,9 % de la radioactivité est éliminée) puis mise à l’arrêt définitif : démontage d’installations non nucléaires hors service, accès limité.
  2. Niveau 2 : Démontage des bâtiments non nucléaires et des bâtiments nucléaires hors bâtiment réacteur, conditionnement et évacuation des déchets vers les centres de stockage, isolement – confinement – mise sous surveillance de la partie entourant le réacteur.
  3. Niveau 3 : Démontage complet et enlèvement du bâtiment réacteur, des matériaux et équipements encore radioactifs: la surveillance n’est plus nécessaire. À l’issue de ces opérations, le site peut être réutilisé pour un usage industriel.

Les opérations conduisant aux niveaux 1 puis 2 s'enchaînent sur 10 ans environ après l’arrêt de production du réacteur.

Une période d’attente entre la fin des opérations conduisant au niveau 2 et le début de celles conduisant au niveau 3 est possible pour mettre à profit la décroissance de la radioactivité des matériaux dans le temps. Sa durée dépend de la réutilisation envisagée pour le site.

Après cette période d’attente, les opérations conduisant au niveau 3 peuvent durer dix à quinze ans.