Avis du Panel des parties prenantes

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Les commentaires du Panel sur le Rapport Développement Durable 2013
Focus :
Composition du Panel développement durable Groupe

Claude Fussler – Président

André Aurengo

Pierre Castillon

Emanuela Colombo

Denny Ellerman

Peter Goldmark

Brice Lalonde

Richard LAMBERT

Jan Raczka

Teresa Serra

Kartikeya Singh

Laurence Tubiana

Paul Vialle

Dadi Zhou

En tant que membres du Sustainable Development Panel nous mettons en œuvre nos diverses compétences et nos points de vue avec un objectif partagé : accélérer une transition vers le développement durable à la fois pour la planète et le groupe EDF. Ce message résume notre avis sur les enjeux stratégiques du Groupe.

En 2013 nous nous sommes concentrés sur deux sujets : les Engagements de Responsabilité d’Entreprise et l’amorçage, au cours d’une réunion commune avec le Comité de Développement Durable, d’une politique commune à toutes les entreprises du Groupe. Nos dialogues avec les dirigeants et les experts d’EDF ont révélé une remarquable coïncidence d’opinions sur les priorités et les orientations. Nous apprécions leur franchise et leur engagement pour conforter l’ensemble du Groupe dans ses responsabilités d’industriel, d’employeur et de partenaire dans les territoires qu’il peut influencer. Cependant, au-delà de cette perspective éthique partagée, nous restons vigilants et préoccupés par la lenteur ou le manque de progrès dans plusieurs domaines cruciaux.

Ce rapport 2013 est particulièrement utile parce qu’il est complet, clair, pertinent et indépendamment vérifié. Il apporte l’évidence de plusieurs développements positifs. Pour la troisième année de suite la fréquence des accidents a baissé, avec le taux de mortalité le plus faible jamais atteint ; cet effort continu devrait permettre d’accomplir à court terme la diminution de moitié de la fréquence des accidents. Cinq employés sur six ont bénéficié d’une formation de compétences. Une portion significative des investissements continue dans les sources renouvelables d’électricité. La production du Groupe a ainsi déjà dépassé l’objectif de mi-temps de l’Union Européenne et il lui reste donc 7 ans pour totalement atteindre les 20% de production d’électricité renouvelable. Les dépenses en R&D augmentent avec un certain centrage sur l’efficacité et la gestion de la demande. La nouvelle plateforme « Concept Grid » semble être une réponse à l’avis répété de notre Panel de combiner toutes les disciplines qui permettront de donner aux réseaux l’intelligence nécessaire pour répondre à la demande avec l’ajout de sources variables et de stockages répartis. Nous saluons ces initiatives et les efforts continus de création d’emplois, de stimulation du développement local et de lutte contre la précarité énergétique.

Mais comme nous l’avons déjà réitéré dans les rapports précédents, il faut progresser encore plus vite. Pour des impacts importants comme les déchets, l’usage de l’eau et les émissions de gaz à effet de serre il faut un découplage net et manifeste entre la production d’électricité et sa consommation de ressources naturelles et sa pollution. Mais d’année en année ces indicateurs restent pratiquement plats faute d’une réelle détermination stratégique.

Ainsi les émissions de CO2 sont encore à la hausse, dépassant 80 millions de tonnes pour 2013. Mais EDF vante toujours la faible teneur spécifique en carbone de son kilowattheure. En l’occurrence le choix de cet indicateur est mal avisé et trompeur. C’est le flux total d’oxyde de carbone vers l’atmosphère qui pousse au changement climatique, sans égard pour le nombre de kilowattheures ou de kilomètres que nous produisons avec ce carbone. Les conclusions les plus récentes du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat nous alertent à nouveau que nous chargeons notre atmosphère avec trop de carbone, trop vite, trop dangereusement. Émetteur majeur de carbone, EDF accentue ce risque, se fonde sur une mesure inadaptée, et semble sans plan précis pour réduire le volume de ses émissions de gaz à effet de serre. Mais la planète ne pourra pas dévier de sa dangereuse trajectoire climatique sans que chaque industriel ne réduise très sérieusement et immédiatement ses émissions de CO2.

« Participer à la lutte contre le changement climatique est un devoir » écrit EDF dans son rapport 2013 aux actionnaires. Pourtant le Groupe a encore émis plus de CO2 car, depuis 2010, le charbon est devenu un combustible avantageux par rapport au gaz qui lui ne dégage que la moitié du CO2 par kWh d’électricité produite. La flexibilité de sa flotte de générateurs thermiques permit ainsi à EDF de brûler 1 million de tonnes de charbon de plus qu’en 2012.

De plus en plus d’entreprises s’embarquent dans une réduction absolue de leurs émissions de CO2 tout en parvenant à maintenir leur profitabilité et la confiance de leurs actionnaires. Dommage qu’EDF ne fasse pas encore partie de cette élite. Il est vrai qu’EDF opère dans le marché ouvert de l’électricité et que le surcoût des émissions de carbone est actuellement marginalisé par son excédent de quotas. Ainsi tous les électriciens en concurrence ont recours au combustible le moins cher et le charbon l’emporte sur le gaz malgré son impact-climat. Il est difficile de briser seul la tyrannie de ce marché.

Mais une occasion de progrès se présente. En février 2014, Eurelectric qui représente les producteurs européens d’électricité a publié son Manifeste pour une transition vers la neutralité carbone de la production électrique en 2050. Ce Manifeste engage les producteurs de 31 pays européens à une diminution de 40% de leurs émissions de CO2 en 2030 par rapport à 1990, à œuvrer pour un resserrement du marché du carbone et à encourager d’autres politiques publiques pour la sécurité de la production, le développement de la capture du carbone, une meilleure intégration des sources renouvelables variables et pour le pouvoir d’achat des clients d’électricité. En même temps, dans une étude Power Choices Reloaded, Eurelectric alerte les pouvoirs publics et ses membres à la nécessité d’une action rapide et du danger d’une « décade perdue » qui acculerait l’industrie à des mesures si brutales qu’elles ne seraient plus économiquement ni même techniquement possibles.

Alors si l’industrie entière peut s’accorder sur l’urgence d’un virage vers la sécurité climatique, nous pouvons présumer qu’EDF prenne cette trajectoire sans attendre. Et même si cette industrie tardait à réagir, EDF, en vertu de ses engagements et de sa puissance, devrait aller de l’avant et donner l’exemple en fixant des objectifs tangibles, mesurables, avec une communication régulière de progrès. En somme nous attendons que le Groupe profite de son savoir-faire opérationnel pour contrôler, dès 2014, ses émissions de CO2 sous la barre des 80 millions de tonnes, puis continuer leur réduction dans les années à venir.

Sur la durée cet effort exigera aussi de l’innovation et des investissements. Mais, avec les développements de l’efficacité énergétique et de la gestion intelligente de la demande et des réseaux, cet effort réduira la sensibilité aux pics et à la variabilité et au coût du carbone. Cela limitera donc autant l’impact sur la facture finale des clients. De tels avantages iront au-delà de l’Europe. Ils positionneront EDF en tête des fournisseurs de solutions adaptées pour les marchés en développement où gouvernements et investisseurs recherchent un accès efficace et économique à l’électricité tout en protégeant leur environnement.

Aller ainsi de l’avant, sans délai, est non seulement vital pour EDF, mais pour montrer une voie que tous doivent prendre afin d’éviter les périls prévisibles et irréversibles pour l’aventure humaine sur notre planète.

En savoir plus sur les membres du Panel développement durable du groupe EDF (157.07 Ko)